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LA MITSVA DE SERVIR DANS L’ARMÉE D’ISRAËL   par Rony Akrich

30 avril 2017

מכבים

La mitsva de servir dans l’armée est basée sur deux principes:

Premièrement, sauver Israël du danger. Il nous est imposé de sauver l’homme du péril, comme l’affirme la Torah : «Ne sois pas indifférent au danger de ton prochain: je suis l’Éternel.» (Lévitique 19-16).Un énoncé sur lequel nos Sages ne restent pas indifférents: «Quiconque sauve une âme d’Israël, l’Ecriture le considère comme ayant sauvé un monde entier» (Michna Sanhédrin 4-5). L’étude nous enseigne également que pour sauver une communauté juive en détresse, il nous faudra accepter de mettre nos vies en danger et même de profaner le Shabbat (Choul’han Aroukh, Orach Haïm 329-6).

Comment est-il possible de remettre en question de tels commandements au moment tant attendu du rassemblement des exilés et de la reconquête de la Terre d’Israël? Il s’agit d’une guerre commandée (milkh’emet mitsva), on ne peut être plus clair! Le Rambam écrit: «Qu’est-ce qu’une guerre obligatoire sinon sauver Israël des mains de son ennemi» (Lois sur les Rois et leurs combats 5-1). Ce commandement exige un don de soi et une abnégation totale pour Israël (messirout nefesh), il est une priorité sur toute autre obligation même celle de se protéger du danger. (Rav A.I. Kook: « Mishpat Kohen » 143; Responsa du Tzitz Eliezer  13-100).

Deuxièmement, la Torah nous enjoint d’habiter sur la terre d’Israël: «Vous conquerrez ainsi le pays et vous vous y établirez; car c’est à vous que je le donne à titre de possession.» (Nombres 33-53).

Nos maitres affirment que cette ‘mitsva’ est équivalente à toutes les ‘mitsvot’ (midrash Sifri, sidra Re’eh-53). Cette loi a effet de précellence sur le particulier, elle concerne la responsabilité collective du peuple, car s’il nous est ordonné de conquérir la Terre d’Israël, la Torah ne prévoit aucune intervention miraculeuse de l’Éternel. Le devoir nous incombe de nous approprier la terre, cela oblige bien sûr à risquer nos vies.

Malheureusement chaque guerre fait des victimes (Minchat Chinuch 425, 604 ; Mishpat Kohen, p 327). Ajoutons, sans l’ombre d’un doute, qu’il sera aussi nécessaire de défendre nos acquis et chaque soldat servant dans l’armée israélienne sera un partenaire de cette cardinale Ordonnance Divine.

La ‘mitsva’ de Talmud Torah (étude de la Torah) est équivalente à toutes les autres ‘mitsvot’. Mais la règle de base ne change pas:toute mitsva ne pouvant être réalisée par autrui aura la préférence sur l’étude de la Torah (Traité de Mo’ed Katan 9a). De même,la ‘mitsva’ de servir dans l’armée prend force de loi: Tant qu’il n’y a pas assez de soldats pour maintenir la sécurité d’Israël, l’étude de la Torah s’interrompt afin de servir les intérêts du « klal Israël » dans l’armée.

Certes, la Torah et nos Sages enseignent (Traité de Sota 44b): effectivement, des personnes reviennent de la guerre mais ne peuvent y participer, par exemple:

Une personne a construit sa maison mais n’en a toujours pas pris possession. Une autre a planté une vigne mais jamais n’a goûté de son fruit.

Un homme est promis à sa fiancée mais pas encore marié.

Cependant, une telle dérogation n’est valable que dans les cas de «milh’emet reshout» (guerre optionnelle). S’il s’agit de la «milh’emet mitsva» (guerre obligatoire), pour sauver Israël des mains de ses ennemis – «tout le monde va à la guerre, l’époux  quittera sa chambre et l’épouse son dais nuptial.» Telle est la loi selon Rambam (lois des Rois 7-4).

Nous avions aussi remarqué que les étudiants de Yehoshua ben Nun et du roi David partaient en guerre sans compter sur les miracles, et sans se soucier d’un éventuel «bitoul Torah» (temps improductif). Nos Sages ont dit, à propos des «érudits de la Torah» qu’ils n’auraient guère besoin de protection. Ils se référaient à une situation où le danger potentiel était nul.

Mais face à l’exigence de défendre Israël, nul besoin de tergiverser, il s’agit d’une ‘mitsva’  visant à sauver Israël.

Sauver des vies est un commandement Divin qui doit être accompli concrètement par les chefs spirituels, les «Guedolim» en premiers (Michna Beroura 328-34).

Il doit être entendu, tout de même, que la mitsva d’étudier de la Torah fait partie des mitsvot les plus importantes qui soient.

Elle préserve et maintient le peuple d’Israël et bien plus que cela.

C’est pourquoi, la mitsva de servir dans l’armée, aussi essentielle soit-elle, ne doit pas empêcher chaque enfant d’Israël de pouvoir se consacrer, selon ses capacités et le temps qui lui sera alloué, à l’étude de la Torah.

Nos Sages disent: «l’étude de la Torah sauve bien plus que la vie physique » (Traité de Méguila 16b).

En pratique et soyons clair, lorsqu’il est nécessaire de rejoindre les rangs de l’armée pour défendre la Nation et la Terre, la mitsva de l’étude devient secondaire.

Comme d’ailleurs le ‘Talmud Torah’ sait se soustraire à l’accomplissement de la mitsva de se marier, à la charité, et autres mitsvot qui ne peuvent être accomplies par un autre que soi.

Ainsi fut l’enseignement donné par notre vénérable maître et guide, le Rav Tsvi Yehouda Hacohen Kook, de mémoire bénie. Durant la guerre d’Indépendance, en 1948, il demanda à ses élèves de la Yeshiva de s’enrôler dans l’armée, car le moment était grave et la situation difficile, chaque homme était requis pour sauver Israël.

Toutefois, si jamais il n’était pas nécessaire de mobiliser tous les jeunes gens, il est du devoir de la nation des Hébreux d’exempter les éléments les plus dignes d’avancer dans la Torah pour le bien de tout Israël.

 

Le fait que la société orthodoxe, en général, ne serve pas dans l’armée, crée un terrible fossé au sein même du peuple. En admettant qu’une telle situation puisse être tolérable d’un point de vue sécuritaire, d’un point de vue national, c’est un désastre.

Il faut également souligner le fait que la société laïque a rompu les amarres de l’étude de la Torah et l’accomplissement des mitsvot traditionnelles, cela constitue également un terrible problème national.

Cela remet en question la capacité de cette population d’offrir aux générations futures un héritage fidèle à la nation des Hébreux.

Par principe, nous sommes d’accord avec la communauté orthodoxe quant à la nécessité de reporter l’incorporation d’étudiants de Yeshiva qui deviendront des rabbins et des éducateurs dévoués.

Ce report scrupuleux de candidats adaptés au devenir d’enseignants devrait être juste pour quelques années, tandis que les aspirants aux fonctions du rabbinat pourront jouir d’une période beaucoup plus longue de report. Assurément il existe de véritables érudits de la Torah qui réussissent à combiner leur service militaire avec leurs premières années d’apprentissage dans une Yéshiva.

Néanmoins, pour la plupart des candidats aptes à postuler pour un tel cursus de rabbins et d’éducateurs, il est préférable de reporter la conscription ultérieurement.

C’est évident aux yeux de tous, la majorité des élèves inscrits dans les écoles talmudiques orthodoxes ne prétendent pas du tout vouloir devenir rabbins ou éducateurs. Certains apprennent bien, d’autres apprennent à peine.

Selon la loi toranique, ceux qui étudient le mieux devrait associer un service militaire court et de qualité avec des études en Yéshiva, similaires au programme Hesder, quant à ceux qui se promènent dans les couloirs de la Yéshiva ou de la rue, ils devront accomplir un service militaire complet.

 

Un court récit de la vie d’un grand érudit de la Torah nous aidera à illustrer l’importance de servir dans l’armée. Rabbi Yitzhak Ze’ev Gostman, de mémoire bénie, était une lumière de la Torah, il faisait partie des derniers grands savants de Vilna. Survivant et témoin de la Shoah, son fils unique ayant péri dans cet enfer, il monta en Israël et quelques années plus tard fonda une école talmudique à Jérusalem.

Lauréat du prix Nobel, le professeur Israël Aumann, rendait très souvent visite au Rabbi Gostman, le maitre de son fils Shlomo, étudiant de la Yéshiva hesder Shaalabim. Ce dernier fut tué lors de la première guerre du Liban.

Après l’enterrement, le rabbin Gostman s’attarda sur les tombes des soldats tombés au front durant les guerres d’Israël.

On le voyait souffrir la souffrance de ceux qui avaient donné un fils, un frère ou un père pour la survie de la Nation, il prenait le deuil de tous et de chacun.

Sur le chemin du retour il affirma que tous les soldats tombés au combat étaient saints.

Une des personnes présentes lui demanda si l’en était ainsi, aussi, pour les soldats non religieux? Le Rabbin Gostman répondit avec véhémence: «Tous! Tous! »

Arrivé dans le quartier de Rehavia, le Rabbin demanda à chacun de bien vouloir participer au début du deuil de sept jours, chez les Aumann. Tout le monde était triste, tous restaient silencieux. On invita Rabbi Gostman à dire quelques mots: il raconta comment son fils Meir fut tué par les nazis, comment, en souvenir de ce fils, il prit ses petites chaussures d’enfant et les échangea pour du pain et des carottes qu’il distribua aux affamés dans le ghetto.

«Maintenant, je vais vous dire ce qui se passe dans le monde de la vérité» dit-il aux endeuillés, élevant la voix emplie d’émotions et de sanglots retenus. «Mon Meir est en train de dire à votre fils Shlomo, ‘Heureux de votre sort Shlomo! Je n’ai pas eu un si grand mérite! Je n’ai pas eu le mérite de mourir au combat pour mon peuple et ma patrie, de lutter contre les ennemis d’Israël, de défendre ma Nation. Vous, avez atteint cet honneur incomparable!»

Professeur Aumann se leva de son coussin sur le sol et embrassa le Rabbi, en disant : «Vous m’avez réconforté, vous m’avez réconforté.»

 

Cette histoire, je l’ai entendue de la bouche d’une personne qui fut proche de Rabbi Gostman.

Il me raconta ensuite que lorsque son fils reçu son ordre d’appel à l’armée, il  demanda l’avis de l’éminent Sage, reconnu et respecté par toutes les communautés religieuses de la ville. «Qu’est-il dit dans la Torah de Moché Rabbénou?» lui demandais-je. «Faut-il oui ou non s’enrôler dans l’armée?»

Rabbi Gostman répondit: «Dans la Torah de Moché Rabbénou, il est dit: «Moïse répondit aux enfants de Gad et à ceux de Ruben: « Quoi! Vos frères iraient au combat, et vous demeureriez ici!» (Bamidbar 32-6).

Il allait et venait, bouleversé d’émotion, il levait et tenait son poing levé tout en répétant le verset. Sa voix se faisait de plus en plus forte, de plus en plus stridente à chaque fois: «Vos frères iraient au combat, et vous demeureriez ici?».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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